Ces dernières années, les collèges et les universités ont été victimes de compressions budgétaires plus ou moins importantes. Le phénomène inspire différentes réactions chez les dirigeants de ces établissements postsecondaire francophones...
Propos recueillis par
Denis Guérin
Jean-Bernard Robichaud recteur, |
«Personne ne souhaite faire face à
des compressions budgétaires. Cela fait sept ans que je
suis recteur, et nos subventions n'ont été revues à la
hausse qu'une seule fois. À Moncton, nous sommes dans la
2e année d'un plan de trois ans qui voit
notre subvention baisser de 2 pour cent à chaque
nouvelle rentrée. Pour une université en développement
comme la nôtre, même si cette diminution est moins
importante qu'ailleurs, il s'agit d'une contrainte. Cela
dit, au Nouveau-Brunswick comme dans d'autres provinces,
je crois qu'il était nécessaire de remettre de l'ordre
dans les finances publiques. Maintenant que c'est fait,
on peut espérer que les gouvernements accordent des
ressources aux secteurs de la santé et de l'éducation
notamment. En revanche, un phénomène me paraît
beaucoup plus inquiétant : le niveau d'endettement
de nos étudiants. Ils ne bénéficient plus des appuis
financiers d'il y a quelques années. Cela veut dire que de
plus en plus d'étudiants potentiels ne viennent plus
chez nous parce qu'ils n'en ont tout simplement pas les
moyens.» Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 2 680 $ |
Claudette Tardif doyenne, |
«Parce que nous sommes une petite
institution, les coupures budgétaires se font ressentir
encore plus durement. Nous avons été obligés
d'éliminer certains postes académiques et d'autres de
soutien administratif... tout en conservant une gamme
importante de services. La somme de travail reste la
même, mais les effectifs sont en baisse. À la
longue, c'est le client qui en souffre, c'est-à-dire nos
étudiants. Je comprends la nécessité de ne pas
dépenser n'importe comment l'argent public. Mais les
compressions budgétaires ont touché les universités
francophones et anglophones de façon identique, alors
que la situation n'était pas la même. C'est plus facile
de couper quand tout est en place que lorsqu'il reste
beaucoup de choses à créer. Nous faisons face à un
fardeau qui nous empêche de remplir pleinement notre
mission. En plus de notre rôle en matière d'éducation,
nous avons un rôle de leadership à remplir vis-à-vis
de l'ensemble de la communauté francophone de l'Alberta.
Et il est de plus en plus difficile de le faire.» Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 3 446 $ |
Paul Ruest recteur, |
«Plus que la colère, c'est un
sentiment d'épuisement qui nous anime aujourd'hui.
Depuis six ans, notre budget est réduit chaque année de
plus ou moins 2 pour cent alors que notre budget initial
était déjà très bas. Il nous est ainsi impossible de
sortir du tunnel, alors que d'autres établissements,
plus anciens et bénéficiant donc d'une plus forte
assise financière, ont pu faire face à la baisse des
subventions plus facilement. Finalement, la seule
chose en augmentation chez nous, ce sont les droits de
scolarité. Au point que nous n'arrivons plus à
attirer les étudiants québécois ou même français qui
venaient il y a quelques années encore... Mais comme je
suis quelqu'un de positif, je dirai que cette situation
critique a renforcé l'esprit de solidarité au sein du
personnel de l'Université, et nous a poussés à nous
engager dans d'autres voies, notamment vers les
nouvelles technologies. Et puis, à force d'exposer nos
problèmes aux hommes politiques locaux, nous avons
acquis une meilleure visibilité. Nous sommes mieux
compris, mieux connus et donc mieux aimés.» Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 2 768 $ |
Ross Paul recteur, |
«Soyons francs : nos
programmes en français sont les princi-pales victimes
des coupures budgétaires. Aux États-Unis, dans les
années 80, les programmes pour les minorités ont été
considérablement réduits après qu'on les ait
encouragés dix ans plus tôt. Toutes proportions
gardées, nous vivons le même phénomène aujourd'hui.
Même s'ils ont déjà porté leurs fruits puisque
nombre de nos professeurs et de nos meilleurs chercheurs
sont francophones, nos programmes en français,
relativement jeunes, sont les premiers touchés. Le
point positif est que ce contexte budgétaire difficile a
poussé les établissements francophones à collaborer
plus étroitement entre eux. L'entente, notamment dans le
domaine des nouvelles technologies, entre les
universités et collèges de l'Ontario est pour moi un
modèle... que j'ai du reste beaucoup de mal à mettre en
place avec mes collègues anglophones. Il faut dire que
les minorités sont plus habituées à batailler et faire
preuve d'imagi-nation. Dans l'état actuel des choses,
les francophones n'ont d'autre choix que de rentabiliser
au maximum leurs ressources.» * Ross Paul a accepté le poste de recteur à l'Universiy of Windsor à la fin de 1997. Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 3 469 $ |
Harley d'Entremont recteur, |
«La baisse des subventions est
d'autant plus difficile à supporter qu'elle intervient
très tôt - trop tôt à mon sens - dans l'évolution
des universités francophones hors Québec. À bien des
égards, notamment si l'on nous compare avec les
universités anglophones, nous sommes encore des
établissements en voie de développement. L'Université
Sainte-Anne, née à la fin du siècle dernier, n'a pris
son véritable essor que depuis une vingtaine d'années.
Nous sommes ainsi privés d'une source de financement
importante à une période décisive de notre histoire.
Résultat : il nous faut essayer de mettre en place
des partenariats avec d'autres acteurs de la francophonie
locale, notamment les conseils scolaires. Mais il nous
faut surtout faire accepter l'idée que, par définition,
étant donné sa clientèle plus restreinte, une
université francophone en milieu minoritaire coûtera
toujours plus cher qu'une université anglophone.
C'est en tout cas ce que nous tentons de faire comprendre
dans notre province, et c'est ce qui me fait espérer
quelques bonnes nouvelles concernant notre financement
pour les années à venir.» Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 3 904 $ |
Marcel Hamelin recteur, |
«La question des compressions budgétaires est assurément le plus gros problème auquel nous devons faire face. Toutes nos activités sont touchées. On pense trop facilement que l'utilisation des nouvelles technologies est un moyen de réduire nos coûts. C'est faux, car cela nécessite au contraire des investissements additionnels et renouvelés. C'est donc toute une orientation qui est sinon en danger, du moins à revoir... Les conséquences se font également sentir dans un tout autre domaine, celui du renouvellement de notre corps enseignant : faute de moyens, nous ne pouvons faire appel aux jeunes diplômés qui sortent de chez nous à la pointe de leur discipline, et qui voudraient se diriger vers l'enseignement. C'est une perte énorme. Malgré tout cela, il y a quelques points positifs, comme notre partenariat accru avec le secteur privé, dont je suis fier. Nous avons développé des programmes en commun avec des entreprises qui n'hésitent pas à ouvrir leurs laboratoires à nos étudiants. En même temps que cela réduit les coûts de certains programmes, cela répond à notre volonté de rapprocher nos diplômés du marché du travail.» Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 3 377 $ |
Andrée Lortie présidente, |
«Les compressions budgétaires nous ont été imposées alors que nous venions de naître et que nous étions en pleine croissance. Pour nous, ce fut donc un défi incroyable. D'autant plus que nous n'avons pas voulu abdiquer, et que nous avons voulu continuer à remplir notre mandat. Finalement, les coupures ont stimulé notre créativité et nous ont poussés à conclure des partenariats extérieurs sans lesquels, aujourd'hui, certains programmes de formation non traditionnelle n'existeraient pas. De plus, nous avons bénéficié d'un énorme élan de solidarité de l'ensemble de la communauté francophone de l'Ontario. En revanche, je ressens désormais un grand essoufflement chez tout le personnel, chez des gens dont on pourrait presque dire qu'ils ont fait du bénévolat. Mais jusqu'où pourra-t-on aller ? Nous ne sommes pas loin du précipice. Il ne faudrait pas oublier que nous ne sommes pas un établissement privé, et que les contraintes gouvernementales pèsent toujours sur nous, même si les subventions sont en baisse. Au total, c'est notre clientèle, c'est-à-dire les étudiants, qui va devoir le supporter.» Droits de scolarité et autres frais d'inscription pour l'année 1997-1998 : 1 684 $ |