ELLE DANSE NUE
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ne pas avoir de dettes à la fin de ses études, Julie (nom
d'emprunt), étudiante en troisième année
d'université, a fait le choix de danser nue. Ce
travail lui rapporte 40 000 $ par année à l'insu
de Revenu Canada. Les parents de Julie ne peuvent pas l'aider financièrement. «Les gens n'aiment pas emprunter pour payer leurs études, mentionne-t-elle, et moi j'ai trouvé un moyen de les terminer sans aucune dette.» À sa première année d'études à l'uni-versité, Julie cumulait deux emplois et devait travailler 35 heures par semaine. Présentement, elle travaille de 10 à 15 heures par semaine et gagne encore plus d'argent. En été, elle danse à temps plein. Chaque jour, son emploi lui rapporte entre 150 $ et 500 $. En apprenant qu'elle fréquente l'université, des clients plus âgés deviennent soudainement plus généreux car ils ont l'impression de contribuer à une meilleure cause. «Il y en a même un qui me donne de l'argent sans me faire danser», mentionne Julie. Au début, Julie voulait faire ce travail uniquement durant la période estivale, mais elle avoue franchement qu'elle a décidé de continuer à danser durant ses études parce que c'était très payant. Ses revenus substantiels lui permettent de penser à son avenir : «J'ai ma propre voiture et j'ai commencé à me procurer des meubles. J'ai de l'argent en banque et je fais des voyages.» |
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Habituée à ces avantages financiers, Julie
prévoit tout de même cesser de danser lorsqu'elle
obtiendra un emploi stable : «Je danse juste pour
payer mes études; après je vais travailler dans le
domaine de l'enseignement». Elle tient
cependant à préciser qu'elle ne souhaite pas
enseigner dans la région où elle habite et danse
présentement. Elle doit par ailleurs admettre
qu'une fois sa carrière amorcée, elle pourrait
bien vouloir recommencer à danser, au besoin. La danseuse nue est marginalisée par la société et Julie le sait bien. Elle constate qu'il existe encore beaucoup de préjugés face à son travail : «J'ai appris qui étaient mes vrais amis et j'ai dû me retirer de l'environnement scolaire où je m'impliquais beaucoup», admet-elle. Julie relate spontanément un événement qui s'est produit alors que des confrères de classe sont entrés au club où elle danse. «Quand je les ai vus, je me suis mise à trembler. J'ai fait mon show, il le fallait, car si je m'étais cachée, je me serais reniée. Ils m'ont dit qu'ils n'en parleraient pas, mais la nouvelle s'est quand même répandue.» Elle déplore qu'un trop grand nombre de personnes aient une idée préconçue du métier qu'elle exerce et qu'on ne cherche pas à connaître la réalité : «Du moment que les gens savent que je danse, ils pensent que je couche avec mes clients et que je me drogue. Ce qui n'est pas le cas». Julie se sent bien dans sa peau : «J'ai appris à vivre avec mon choix. Je suis toujours la même. Je rentre là, je fais ma job, c'est tout». Avec une pointe d'ironie, elle ajoute même : «Autant la société me perçoit comme la mauvaise fille, autant dans le milieu de la danse je suis vue comme la bonne fille qui va à l'université, paye ses études et reste chez ses parents». Julie a même servi d'exemple pour une de ses consoeurs de travail, qui est retournée aux études à temps partiel. Ses parents acceptent et comprennent les raisons qui motivent leur fille à danser nue. Julie reconnaît toutefois qu'une crainte persiste dans leur esprit : «La seule peur de mes parents, c'est que je ne sois pas capable d'accepter un poste moins bien rémunéré». Seulement une infime partie des étudiantes s'adonnent au métier de danseuse nue pour payer leurs études. «Entre 5 pour cent et 10 pour cent de mes collègues sont des étudiantes et elles dansent uniquement l'été. Il y en a peut-être plus ? Je ne les connais pas toutes.» Pascal Dessureault |