On le sait, fréquenter l'université entraîne plus de déboursés qu'il y a dix ans. En plus des droits de scolarité, quelles sont les dépenses encourues pour une année académique ?
Selon Statistique Canada, entre 1985-1986 et 1995-1996, les droits de scolarité du programme en Arts ont connu une hausse de 146,2 pour cent1, tandis que le coût de la vie a augmenté de 37 pour cent2.
À la fin de la présente année scolaire, les étudiants canadiens auront déboursé 3 117 $ en moyenne pour leurs droits de scolarité. Pour l'année 1996-1997 et 1997-1998, la hausse moyenne de 8,7 pour cent des droits de scolarité au Canada équivaut à une somme de 250 $3. Au niveau provincial, l'augmentation atteint 18 pour cent à Terre-Neuve, ce qui équivaut à 480 $; en Ontario, la majoration de 10,1 pour cent représente 298 $; en Colombie- Britannique, l'accroissement de 1,7 pour cent représente 44 $. Dans ces provinces, la facture totalise respectivement 3 150 $, 3 234 $ et 2 705 $. Au Québec cependant, les droits de scolarité sont gelés à 1 700 $ pour l'année scolaire 1997-1998.
Mais ces droits de scolarité ne sont qu'une partie de la facture. Le service d'Aide financière et de bourses de l'Université d'Ottawa indique qu'une année d'études universitaires coûte 6 034 $ à l'étudiant qui habite chez ses parents et 16 034 $ à celui qui habite en appartement à l'extérieur du campus4.
Effectivement, les étudiants doivent débourser 2 678 $ pour une chambre à occupation simple en résidence, pour huit mois, contre 4 032 $ annuellement dans un appartement de quatre unités. Les étudiants qui désirent habiter hors campus doivent débourser 4 620 $ pour leur chambre (bail d'un an pour un appartement avec deux chambres). Ces montants peuvent varier énormément d'une région à l'autre du Canada. Par exemple, à la Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta, une chambre en résidence à occupation simple coûte de 1 832 $ (petite) à 2 152 $ (grande) pour la même période.
Le budget calculé par l'Université prévoit de 240 $ à 1 200 $ pour le téléphone, le chauffage et l'électricité, selon que l'on habite en résidence ou en appartement hors campus. L'Université évalue à 60 $ par semaine la part du budget consacrée à la nourriture, ce qui représente 3 120 $ par année. Pour les étudiants qui habitent chez leurs parents, on omet de calculer la nourriture. Ceux qui habitent en résidence peuvent bénéficier du régime alimentaire, qui leur revient à 2 150 $ pour huit mois.
Le budget d'un étudiant doit inclure les articles de toilette et la buanderie. Une fois de plus, les données changent si on habite la maison familiale ou un appartement à l'extérieur du campus. Dans le premier cas, 480 $ sont consacrés aux articles de toilette et à la buanderie. Quant au second cas, la somme est estimée à 1 140 $. L'Université évalue à 600 $ les frais de transport en commun d'un étudiant qui habite chez ses parents ou hors du campus. Pour l'étudiant qui n'habite pas chez ses parents, les frais de déplacement occasionnels entre l'université et la maison familiale peuvent atteindre 400 $ et plus par année. De surcroît, 1 000 $, 620 $ et 3 334 $ iront cette année aux vêtements, aux livres et aux droits de scolarité à l'Université d'Ottawa.
La hausse des droits de scolarité, jumelée à la précarité de l'emploi, influence le niveau d'endettement des étudiants.
Statistique Canada constate pourtant, pour les années 90, une hausse constante des inscriptions à temps complet au premier cycle. Cette hausse est de l'ordre de 9,9 pour cent pour la période comprise entre 1989-1990 et 1995-1996.
Au cours de la même période, la situation du marché du travail en été s'est détériorée. En effet, «le taux d'emploi a chuté de 17 points de pourcentage chez les 17 à 19 ans, et de 12 points chez les 20 à 24 ans». Chez les universitaires qui travaillaient tout en poursuivant leurs études, on constatait, en décembre 1996, un taux d'emploi de 33,8 pour cent pour les 17 à 19 ans et de 40,8 pour cent chez ceux âgés de 20 à 24 ans5. En 1990, le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans était de 12,7 pour cent. En mars 1997, il se situait à 16,6 pour cent6, et en août 1997 il atteignait 19,4 pour cent7.
La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants évalue qu'en 1995, les études universitaires engendraient, en moyenne, le remboursement d'un prêt de 17 000 $. Elle estime qu'en 1998, à la fin de leurs études, les bacheliers devront rembourser au gouvernement un prêt moyen de 25 000 $.
L'augmentation du niveau d'endettement a une influence directe sur l'assiduité des diplômés à rembourser leur prêt. En effet, au cours de l'année 1990-1991, 11 pour cent des étudiants ayant bénéficié du Programme canadien de prêt aux étudiants déclaraient faillite. En 1995-1996, cette proportion passait à 18 pour cent8.
Les bourses d'études ne sont plus uniquement attribuées en fonction du mérite académique; les besoins financiers entrent en ligne de compte. Selon Danielle Delorme, directrice du service d'Aide financière et de bourses de l'Université d'Ottawa, la situation financière des étudiants est plus grave qu'il y a quelques années : «C'est approximativement le même nombre d'étudiants qui font appel à nos services, mais ce sont leurs besoins qui augmentent.» En 1992-1993, l'Université distribuait 35 millions de dollars en prêts et bourses; présentement ce montant atteint 64 millions de dollars. Limité à seulement 5 000 $ il y a quatre ans, le budget des bourses de dépannage de l'Université d'Ottawa est aujourd'hui majoré à 1,9 million $. Une banque alimentaire a même été mise sur pied par l'administration de l'Université.
Avant de quitter les études pour des raisons financières, Danielle Delorme recommande à tous les étudiants d'effectuer une très bonne planification budgétaire et de consulter les services d'aide financière et de placement mis à leur disposition par les établissements d'enseignement.
Pascal Dessureault