SASKATCHEWAN :
«SI JAVAIS LES AILES D'UN ANGE»

 

En Saskatchewan, tout se passe en anglais, ou presque. Un francophone a accès à très peu de services dans sa langue maternelle. Qu'en est-il des études universitaires ?

Depuis 1983, la Faculté d'éducation de l'Université de Regina offre un baccalauréat en éducation française. Le programme propose deux concentrations : enseignement à l'élémentaire et au secondaire. La quasi-totalité des cours y sont donnés en français.

Né d'un besoin de former des enseignants pour les écoles françaises et d'immersion au début des années 80, le programme en éducation française, que l'on appelle le BAC, a vu ses étudiants se placer en grand nombre dans les écoles francophones. La Saskatchewan a obtenu la gestion scolaire en 1993.

«Avant l'arrivée du BAC ici, nous faisions le recrutement principalement au Québec», indique le directeur du programme, Louis Julé. Ce dernier trouve avantageux de former des enseignants issus de la Saskatchewan. «On produit nos enseignants à notre façon», poursuit-il.

Une des particularités du BAC, qui s'échelonne sur quatre ans, est sa deuxième année qui se déroule au Québec, à l'Université Laval. Une entente entre les deux universités donne accès à un bain de culture francophone. «Il n'y a rien de comparable dans tout l'Ouest canadien», avance Louis Julé qui est très fier de cette initiative. «Les étudiants découvrent une culture différente de la leur. Ça les rend plus fiers de ce qu'ils sont.» C'est du moins ce qui est ressorti d'une enquête effectuée auprès de ces derniers. «L'année à Québec m'a permis de suivre des cours qui ne se donnent pas à Regina», reconnaît une diplômée du programme, Michelle Robillard.

Les deux dernières années comportent près de vingt semaines de stages dans les écoles fransaskoises. Les étudiants qui s'inscrivent au BAC sont fransaskois à près de 40 pour cent. Les autres sont des anglophones de l'Ouest.

On compte, depuis 1987, plus de 335 étudiants diplômés dont plusieurs ont joint les rangs du corps enseignant de la province.

Le financement serré des établissements postsecondaire et la mise à la retraite de plusieurs professeurs «seniors» inspirent toutefois crainte à Louis Julé, qui pense à l'avenir. Néanmoins, ce dernier croit que le programme du BAC est là pour rester.

Un peu d'histoire

Jusqu'en 1968, le Collège Mathieu, institution située à Gravelbourg (sud de la province), offrait un programme universitaire conjoint avec l'Université d'Ottawa. La laïcisation de cette dernière a entraîné la fin de leur collaboration. On a alors créé à Regina le Centre d'études bilingues. Ce programme attirait surtout des francophones, qui devaient suivre un minimum de 40 pour cent de leurs études en français.

Le Centre est devenu l'Institut linguistique, largement subventionné, en 1988, par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. La Saskatchewan se relevait alors de la décision de son premier ministre conservateur Grant Devine qui, en adoptant le Bill 2, faisait du grenier à blé canadien une province unilingue anglaise !

Aujourd'hui, l'Institut linguistique, installé sur les terrains de l'Université de Regina, dispense de nombreux services à la communauté universitaire. Près de 400 étudiants y suivent des cours en français.

Un dernier maillon, mais non le moindre, sur l'échiquier de l'éducation française en Saskatchewan, est le Bureau de la minorité de langue officielle (BMLO), créé par le ministère de l'Éducation au début des années 80. Le BMLO, grand responsable des débuts du BAC, gère tous les programmes des écoles francophones de la province.

Philippe Brazeau

 


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