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Le 19 octobre 2007

L'Aurore boréale

Se faire soigner en français au Yukon... est-ce possible?

Marianne Théorêt-Poupart

Nombreuses sont les personnes qui, au premier de l’an, souhaitent une bonne santé à leurs proches. La santé est, aussi banal que cela puisse paraître, un des aspects fondamentaux dans la vie de chaque individu. Au Yukon, et partout ailleurs où une communauté minoritaire existe, la préoccupation de recevoir des soins de santé de qualité s’additionne à la situation, parfois ardue, de pouvoir les recevoir dans sa langue maternelle.
Un portrait exhaustif de la situation est complexe à dresser, car tous abordent l’enjeu de la santé différemment. Au niveau des instances gouvernementales, c’est le jeu du ping-pong dans sa plus grande splendeur, avec un renvoi mutuel des responsabilités en matière de financement.Qui donc devrait payer pour que l’offre de services de santé en français à Whitehorse augmente? Que faudrait-il améliorer pour que les francophones de Whitehorse, et idéalement du reste du Yukon, puissent recevoir en français, sinon tous, du moins les principaux services de santé jugés essentiels par la communauté? Quels moyens prendre pour s’assurer que la compréhension du problème soit la bonne, et la même, du côté du patient et du professionnel de la santé?

Des histoires qui se fondent en une même trame
La difficulté de se faire soigner en français n’est pas un secret. Les témoignages sont nombreux. Danièle Rémillard, mère de deux enfants, est désabusée. « Je n’ai personnellement rien de spécial à dire parce qu’il y a longtemps que je n’espère plus de services directs en français à l’hôpital. J’entends par « directs » des services de personne à personne aux différents comptoirs de réception (admission, laboratoire/radiologie, chirurgie, etc.). J’ai trouvé plutôt pathétique que les services en français se résument à la visite de l’interprète à ma chambre lorsque j’ai accouché de mes deux enfants. Il m’avait apporté des formulaires en français que les infirmières m’avaient déjà donnés, sachant que j’étais francophone. Bref, plusieurs membres du personnel de l’hôpital sont bilingues, ou parlent au moins un peu français, et ils font vraiment tous les efforts possibles pour accommoder les francophones, surtout lorsque des enfants sont présents. Je leur lève mon chapeau! Mais il reste que l’administration de l’hôpital est de très mauvaise foi en refusant d’embaucher des réceptionnistes bilingues. »
Yann Herry, père de quatre enfants, résident de Whitehorse depuis plus de 20 ans, n’accepte pas d’arrêter de se battre. Pour lui, c’est à l’accueil qu’il devrait toujours y avoir une personne bilingue en place. « À chaque fois que je dois me rendre à l’hôpital, je demande à parler à quelqu’un qui puisse me servir en français. Alors, je dois attendre qu’ils aillent chercher quelqu’un. C’est très inconfortable comme situation! Je dois m’y préparer psychologiquement à chaque visite... Les gens veulent-ils, ou peuvent-ils, passer à travers cela? Lors de situations d’urgence, ou parce que la majorité des familles de la communauté est exogame, est-ce que les francophones veulent attendre? Non. Mais lorsque les dirigeants de l’hôpital disent qu’il n’y a pas de demandes pour les services en français, ce n’est pas vrai. C’est juste que je suis un des seuls à déposer une plainte lorsque ça arrive. »
Sur un ton plus optimiste, Sylvie Binette, mère d’un enfant et résidant à Whitehorse depuis très longtemps également, explique qu’elle est « toujours surprise de découvrir qu’il y a souvent des docteurs qui connaissent le français et qui sont contents de le parler et de le pratiquer en cabinet. » Stéphanie Dion, elle, a eu l’agréable surprise de voir l’infirmière francophone rester auprès d’elle lors de son accouchement, même si elle avait terminé sa journée. « La personne responsable a décidé que des heures supplémentaires lui seraient payées pour qu’elle m’accompagne jusqu’à la fin. Il y a eu des complications, je devais avoir une césarienne... c’était paniquant, et ça m’a vraiment réconforté qu’elle soit là et me parle en français. »
Concernant les interventions directes avec les professionnels de la santé, les histoires passent d’un degré quasiment drôle à un drame évité de justesse, en passant par des patients qui se sont senti humiliés, ignorants, ou un peu stupides de ne pas avoir compris du premier coup... L’une n’a pas compris le message téléphonique laissé, qui lui disait peut-être d’aller à l’hôpital passer des examens? Ça a retardé ses démarches pour qu’elle passe à l’action de plusieurs mois... Un autre a utilisé un mot pour décrire l’accident de son enfant qui n’a pas été bien compris par le médecin. Le jeune bébé a failli recevoir un mauvais traitement, qui aurait pu lui être très néfaste... Ne pas être bien sûr de ce que le médecin annonce, et devoir aller passer des tests, sans savoir tout à fait la gravité possible du « mal »... Il y a à Whitehorse autant d’histoires qu’il y a d’individus!
Luc Laferté, présent à l’hôpital tous les avant-midi de la semaine de travail pour offrir un service d’interprétation linguistique, admet que son aide est plus ou moins demandée. Selon lui, les deux raisons principales pour expliquer cette réalité sont une question d’intimité, et le fait que souvent, les patients ne veulent pas déranger.

Français et billinguisme
Régis St-Pierre est le représentant au Yukon de Société santé en français, l’organisme national qui chapeaute les réseaux de santé en français à travers le Canada. Pour lui, il est primordial de différencier deux concepts très différents. « Il ne faut pas confondre un service en français avec une personne qui est capable d’offrir un service en français. Dans le premier cas, c’est l’unité qui est bilingue; dans le second, c’est l’individu qui, avec ses connaissances, parle le français. Lorsque c’est le service qui est reconnu comme étant français, ou bilingue, la personne qui part sera remplacée par une autre qui maîtrise le français. Dans l’autre cas, non. C’est très différent. »
L’exemple parfait est celui de l’hôpital général de Whitehorse, qui a 7,6 % de ses 220 employés qui parle français à un degré plus ou moins grand, mais seulement un poste reconnu comme bilingue, celui de Luc Laferté à la coordination des services en français. « Une personne qui a fait une dizaine d’années d’études ne voudra pas aller servir d’interprète durant quelques heures, et quitter le travail pour lequel elle est formée, cela parce qu’elle est francophone. Et pendant ce temps, personne ne fait son travail à elle. C’est la principale différence entre un poste bilingue ou non, explique M. St-Pierre. »
Suite du reportage dans l’édition du 2 novembre : Position des instances politiques; aspect légal; modèles implantés ailleurs.
16 novembre : Actions entreprises au Yukon dans le passé; gains dans les services en français; que nous réserve l’avenir?

Editeur : L'Aurore boréale




Éditorial
  • La faim au Yukon est une énormité difficile à avaler!
    En cet octobre gris et tristounet, des gens ont faim… une situation aberrante...
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