Élection fédérale 2004


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Le 14 juin 2004

Élection fédérale 2004

Vu de haut… Les regards se tournent vers Harper

Simon Bérubé (L'Aquilon)

Avec la récente remontée du Parti conservateur dans les intentions de vote des Canadiens, et la possibilité de voir un gouvernement conservateur élu le soir du 28 juin, le chef de la formation politique, Stephen Harper, devra essuyer des attaques répétées de ses adversaires.

C’est de bonne guerre. Dans toutes les campagnes électorales, les partis politiques se fient aux sondages pour désigner leur cible. Quant au chef du parti qui mène la course, ou qui paraît être sur une lancée, il doit clarifier certaines de ses positions.

Mais il est évident que Stephen Harper préférerait parler de son programme plutôt que de ses opinions, ou de celles de ses candidats, sur les questions d’ordre moral tel que l’avortement, ou le mariage des personnes de même sexe. D’autant plus que du temps qu’il était de l’Alliance canadienne, M. Harper avait lancé quelques déclarations incendiaires sur ces sujets.

Au cours de la présente campagne, Stephen Harper veut se présenter comme un conservateur modéré. Cependant, ce ne sont pas tous ses candidats qui se présentent comme tel. Plusieurs ont déjà mis le feu aux poudres au cours de la dernière semaine, comme cette députée ontarienne, Cheryl Gallant, qui a comparé l’avortement à la décapitation de l’Américain Nicholas Berg, en Irak, il y a un mois.

Bien que Mme Gallant ne soit pas, pour l’instant, un poids lourd du parti, il s’agit du genre de propos qui peut faire dérailler la campagne du chef. Effectivement, M. Harper doit alors consacrer ses journées à rectifier le tir, plutôt qu’à parler du programme de son parti.

Après Scott Reid, sur les langues officielles, et Cheryl Gallant sur l’avortement, c’est à se demander, maintenant, si M. Harper détient fermement les rênes de son parti, récemment né de la fusion entre le Parti progressiste-conservateur et l’Alliance canadienne. S’il est appelé à former un gouvernement, Stephen Harper sera-t-il en mesure d’imposer une discipline stricte à son caucus, afin qu’il s’en tienne au programme électoral qui se veut « modéré »? Aurions-nous raison de craindre des querelles internes entre les membres des deux anciens partis de la droite? Après tout, l’une des conditions des Progressistes-conservateurs pour se joindre à l’Alliance était le soutien du parti au bilinguisme officiel au Canada. Or, pendant la première semaine de la campagne, le porte-parole du parti en la matière (qui a démissionné par la suite) remettait le bilinguisme officiel en question.

Pendant ce temps, les Libéraux et les Néo-démocrates se permettent de brandir « l’épouvantail Harper », affirmant pratiquement que l’élection d’un gouvernement conservateur constituerait un risque pour les acquis sociaux du Canada et pour la protection des droits de la personne. Il ne faut pas oublier, non plus, que le prochain premier ministre aura à nommer deux nouveaux juges à la Cour suprême au cours des prochains mois, ce qui est suffisant pour avoir des conséquences tangibles sur les interprétations à venir de la Charte canadienne des droits et libertés, dont, peut-être, des causes concernant des minorités francophones.

Il sera intéressant, au cours des prochaines semaines, de voir comment Stephen Harper réagira à la pression exercée par ses adversaires. On peut aussi s’attendre à ce qu’il soit la cible d’un grand nombre d’attaques lors des débats des chefs, qui auront lieu le 14 juin (en français) et le 15 juin (en anglais). Rappelons qu’au cours du débat anglais de l’an 2000, Stockwell Day avait perdu plusieurs points dans l’opinion publique en utilisant une pancarte qui supportait le financement public du système de santé canadien. L’utilisation de ce type de pancarte est interdite au cours des débats. M. Day avait agi ainsi à cause des efforts de ses adversaires pour le « démoniser » sur cette question précise. Il n’est jamais bon, pour un chef de parti, d’avoir à calmer les inquiétudes de l’électorat sur ses intentions, avant qu’il ne soit élu..

Le touriste
Étrange, tout de même, de voir le premier ministre, Paul Martin, s’éclipser de la campagne électorale pour aller aux célébrations du débarquement de Normandie et ensuite, à une réunion du G8 aux Etats-Unis. Mais en fait, en plus d’être des immanquables pour un premier ministre canadien, ces événements pourraient très bien s’avérer utiles pour le premier ministre sortant.

M. Martin en profite, en fait, pour démontrer qu’il est le chef de parti possédant les qualités requises pour représenter le pays à l’étranger. De plus, sa rencontre avec le président George W. Bush pourrait servir à subtiliser quelques votes au Parti conservateur, qui a profité des inquiétudes exprimées par certains citoyens face au refroidissement des relations bilatérales entre le Canada et les voisins du Sud.


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