Le 15 juin 2004
Élection fédérale 2004
La culture, sur la banquette arrière…
Étienne Alary
Selon la Fédération culturelle canadienne-française, la culture n’occupe pas la place qui lui revient dans la présente campagne électorale. Ce constat a atteint son paroxysme, le 14 juin dernier, lors du débat des chefs en français alors que cette question, tout comme la question linguistique, a à peine été abordée.
« Dans l’ensemble, le dossier de la culture demeure assez absent de la présente campagne », indique directrice générale de la FCCF, Nancy Juneau. Elle ajoute que lorsqu’un parti y voit une occasion opportuniste, « on ressort cette question. Cependant, en terme de position et de s’en servir comme enjeu important, ce n’est pas concluant ».
De tous les partis politiques majeurs, c’est le Bloc québécois qui offre les idées les plus intéressantes, note la FCCF, comme celle de doubler le budget du Conseil des arts du Canada pour le faire passer à 300 millions de dollars annuellement. « Malheureusement, pour nous, cela ne change pas grand-chose puisqu’on ne peut pas voter pour eux », fait remarquer Mme Juneau. « Malgré tout, le Bloc demeure un bon chien de garde pour la francophonie canadienne », d’ajouter cette dernière.
Si la FCCF relève une certaine inquiétude et même un intérêt envers la culture chez les Libéraux et les Néo-démocrates, il en est tout autrement du Parti conservateur. « La plateforme des Conservateurs, en matière de culture, se veut une approche commerciale », lance Nancy Juneau en faisant allusion au fait que le Parti conservateur mijote l’idée d’élargir l’accès au marché de la télédiffusion canadienne aux États-Unis. Abolir les protections entourant le contenu télévisuel canadien en viendrait à diminuer les pouvoirs du CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes).
« D’un point de vue des communautés minoritaires de langue officielle, c’est d’autant plus une menace, puisque le CRTC garantit actuellement les services de radiodiffusion dans les deux langues officielles, notamment en assurant une programmation en français et un service public qui valorise l'identité nationale et la souveraineté culturelle du Canada. Sur le plan culturel, ce serait un appauvrissement et une menace pour les émissions et la musique francophones et canadiennes », fait remarquer la FCCF.
Toujours selon la FCCF, cette volonté politique conservatrice ouvrirait la porte à la remise en question de plusieurs autres programmes et mesures de soutien gouvernemental à l'expression culturelle du Canada. « Cette position favoriserait l'entrée massive de la culture américaine sur nos écrans et dans notre quotidien, au risque d’étouffer la production d’ici et, incidemment, d’évacuer notre identité. C’est tout un pan de notre tissu social et de notre identité qui est en jeu », dénonce la FCCF.
Nancy Juneau fait remarquer que cette position est inquiétante. « Un des enjeux du 21e siècle c’est l’identité. La culture est un véhicule de cette identité », mentionne Mme Juneau.
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