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Le seul journal de langue française à Terre-Neuve et au Labrador

Le 13 septembre 1999

Volume 15, numéro 20

Pères manquants...

15 ans. À 15 ans les filles ne m'aimaient pas. Jouer était devenu plate mais les adultes étaient dépassés. Mes joues sentaient le Clearasil à plein nez. Mes bras étaient deux fois trop long pour mon corps et la moindre petite attaque à mon mâle ego représentait une humiliation assez sérieuse pour que j'en vienne à penser que le suicide était la solution miracle.
Bon, les filles ne m'aiment pas vraiment plus… Je serais dépassé même si je m'achetais un Nintendo. Mes joues sentent la lotion après-rasage President's Choice à plein nez. Mon corps aurait des proportions à peu près normales sans mon ventre et j'ai perdu assez de paris stupides en jouant ma virilité pour que je ne base plus mon ego sur l'étendue de ma toison capillaire ou la longueur de, hmm, mes doigts, disons.
À 15 ans, un bimensuel est loin d'être en âge de se questionner sur son orientation sexuelle. C'est un organe pré-pubère, un kid, un subtil mouvement embryonnaire. Il a encore des ratés. Il ne fait pas ses nuits. Il tête encore son suc quotidien au mamelon subventionnel fédéral. Il fait encore porter ses besoins par un rédac'chef jetable, ou en coton lavable à la main. Des besoins au goût parfois amer. Heureusement, il y a loin de la couche aux lèvres…
Le Gaboteur, dans la recherche enfantine de son identité, hésite. Filleul de la communauté et de la patrie ou chien de garde des instances décisionnelles? Radoteur, gazouilleur, promoteur ou informateur, pointeur-du-doigt et dénonciateur? 8 ou 12 pages?
J'ai lu les éditions précédentes. Pas toutes, mais j'en ai lues. Et je n'ai pu lire que peu de commentaires venant de vous, pères de ce journal. Très peu même, si on enlève les fois où Céline Dion est citée sans rapport. C'est pourtant votre responsabilité de veiller à ce que cet organe du 4e pouvoir vous donne ce que vous attendez de lui. C'est à vous tous de ne pas le laisser errer de garderies en garderies. D'en faire autre chose qu'un journal élevé par des gardiennes de 14 ans qui videront vos réserves de chips et de Pepsi à 8$ l'heure. C'est à vous de remettre le gamin sur le droit chemin, à grands coups de pied dans le wagon de queue ou avec des encouragements (Pavlov se disait fortement en faveur du renforcement positif; je l'appuie).
J'attends de vos nouvelles. J'espère autre chose qu'un compte de téléphone à publier dans le courrier de la semaine… Et merci à cette dame qui nous a envoyé ses encouragements (voir courrier du lecteur).

 

Éric Blanchette