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Une seconde chance
Le gouvernement Harris a annoncé la semaine dernière qu'à compter de janvier prochain, les filles mères de 16 à 18 ans seraient forcées de retourner à l'école afin de pouvoir continuer de recevoir leurs prestations d'aide sociale. L'Ontario est la première province canadienne à se doter d'une telle politique, bien que cette mesure soit devenue la norme dans divers états américains depuis déjà au moins une dizaine d'années. À cet effet, le gouvernement prévoit fournir à ces jeunes mères les services de garde ainsi que les livres requis afin qu'elles puissent profiter des cours auxquels elles s'inscriront sans avoir à s'inquiéter du bien-être de leur enfant durant les heures de classe. Le coût annuel de cette aide sera en moyenne de 4 500 $. Dans le passé, on a vu des jeunes filles extrêmement motivées encadrées de familles extrêmement solides avoir la chance de poursuivre leurs études tout en demeurant sous le toit paternel avec leurs parents. Cependant, les jeunes filles mères n'ont pas toutes la même chance. Il n'est donc pas étonnant que l'on associe aussi étroitement le phénomène de la pauvreté à celui des jeunes familles monoparentales. Le gouvernement affirme, et avec raison, que cette politique sera bénéfique à la fois pour les mères autant que pour leurs enfants grandissant dans un milieu monoparental. Il ne faudrait pas réellement parler d'obligation, mais plutôt de mesures positives que le gouvernement met à la disposition d'une clientèle particulière afin de lui permettre de se prévaloir de son droit à une éducation adéquate malgré des circonstances extraordinaires. Il est évident qu'une jeune fille qui devient mère à 16 ans ou moins n'a pas encore terminé ses études secondaires. Il ne nous appartient pas de porter jugement sur celles qui vivent ce drame. Lorsqu'elles choisissent de mener à terme cette vie qu'elles portent en elles, il faut reconnaître que ce sont de bonnes personnes et qu'il faut les aider à mettre toutes les chances de leur côté plutôt que de les condamner à l'ignorance qui est, au fait, la plus grande pauvreté. Peu importe les circonstances qui ont mené à cette grossesse, où le milieu d'où elle vient, la jeune fille mère mérite la chance de compléter ses cours et d'avoir un bon départ dans la vie sans compromettre le développement de son enfant. Apprendre à devenir le meilleur parent possible aidera la mère à donner à son enfant tout ce qu'elle peut afin qu'il grandisse en santé et qu'il parte sur le même pied que les enfants nés dans un foyer en présence de deux parents. De plus, le fait de pouvoir continuer ses études alors qu'elle est encore jeune permettra à la jeune mère de trouver plus rapidement et plus facilement un emploi à la mesure de ses talents et de ses intérêts. Et quoi de mieux pour l'estime de soi que de pouvoir dire qu'on a réussi, malgré un obstacle additionnel de la vie! Dans le passé, on a vu beaucoup de femmes dont l'éducation a été interrompue par une grossesse perdre tout estime d'elles-mêmes et se sentir condamnées à l'aide sociale et à des emplois minables jusqu'à la quarantaine. Elles ont dû attendre que leurs enfants soient assez grands pour partir de la maison pour ensuite, avec d'énormes sacrifices et de grandes difficultés, retourner à l'école des adultes chercher les cours requis pour repartir à zéro. Plusieurs l'ont fait, souvent avec de grands efforts car la mémoire et le niveau d'énergie n'est souvent plus le même à 40 ans. Aussi, après tant d'années, loin des livres et des cahiers, on a oublié presque tout ce qu'on a appris, et il faut recommencer à la base ou presque. Il n'est pas nécessaire d'être condamnée à la pauvreté et à l'ignorance parce qu'on a eu un enfant à un âge précoce. Le gouvernement veut donner une seconde chance et c'est aussi une façon d'inculquer aux enfants, dès la petite enfance, la notion que l'éducation c'est important et même essentiel de nos jours.
Huguette Burroughs
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