|
Perdre son chien, c'est comprendre la vie
(Cornwall)
Il n'y a pas que la perte d'un conjoint, d'un parent, d'un enfant ou d'un ami proche qui peut laisser une famille désemparée. La famille White, domiciliée sur la Deuxième rue à Cornwall, a en effet vécu avec une profonde émotion la mort par euthanasie de leur chien Pataud qui fut leur ami pendant 14 ans. «C'était un mélange colie/huskie, mais plus colie que huskie et il a grandi chez nous avec nos enfants, Charles, Andréa et Gabrielle», affirme Nicole, la mère de famille, qui ajoute que plus rien n'est pareil à la maison depuis que Pataud est parti. «Il est arrivé chez nous, il avait à peine six semaines. C'est Don, mon mari, qui l'avait ramené du travail sous son manteau, quelques jours après Noël en 1975 pour faire une surprise aux enfants», rappelle madame White, qui ne cache pas son profond attachement aux animaux. Selon elle, depuis que Pataud est parti, il a fallu changer certaines habitudes acquises de longue date, comme la façon de desservir la table après les repas. Lorsque Pataud était là, il suffisait de déposer dans son bol, tous les restes, que ce soit des céréales avec du lait, de la soupe, de la viande ou une casserole de légumes. Maintenant, c'est plus compliqué car il faut retirer le liquide des restes avant de les mettre à la poubelle», explique la mère. Don a maintenant perdu son compagnon de marche, explique-t-elle, et il lui sera donc un peu plus difficile de se motiver le soir à aller marcher pour se tenir en forme. Elle nous raconte avec émotion que Pataud, âgé de 14 ans, commençait à manifester des signes de faiblesse générale depuis environ un an mais qu'elle ne pouvait se résigner à le voir partir. «Lorsque j'en ai parlé à notre vétérinaire lors de notre dernière visite, celui-ci m'a dit que je saurais le moment précis où il serait temps de le faire euthanasier pour le libérer de ses souffrances», continue-t-elle. Pour Nicole, Don, Charles, Andréa et Gabrielle, il n'était pas question de se séparer de Pataud avant qu'il soit absolument nécessaire de mettre un terme à sa vie. «Je voulais qu'il puisse profiter de toutes les belles journées qu'il lui restait à vivre», affirme cette ex-infirmière qui dit avoir hérité de son père un amour sans bornes pour les animaux. Au cours de ses derniers jours, la semaine dernière, Pataud n'avait plus d'entrain. Tout ce qu'il faisait, il le faisait avec effort. Il ne mangeait presque plus et buvait beaucoup d'eau. Il était devenu complètement incontinent, et il me fallait constamment ramasser ses besoins dans la maison et autour de la piscine, ce qui ne lui était jamais arrivé avant. Le soir où Don est rentré de sa marche en me disant que Pataud ne pouvait absolument plus marcher, j'ai compris ce que le vétérinaire avait voulu me dire en m'expliquant que nous le saurions «lorsqu'il serait temps...» Elle nous rappelle comment elle s'est sentie en faisant l'appel fatidique. «J'aurais voulu rappeler pour annuler et accorder à notre ami quelques jours de plus, avec nous peut-être, car je sentais que c'était moi qui avais le pouvoir de vie ou de mort sur celui qui avait été notre compagnon durant 14 ans, soit la moitié de notre vie en tant que couple marié et qui avait vu grandir nos enfants», ajoute-t-elle. Le soir, après le souper, la famille White se dirigea donc chez le vétérinaire avec Pataud enveloppé dans une couverture bleu Sainte Vierge et il fallut le monter dans cette couverture jusque dans le bureau du vétérinaire car il n'était pas question de le faire monter même quelques marches. Celui-ci accepta d'accéder aux voeux des White d'euthanasier Pataud à l'extérieur, lui qui avait tant aimé jouer et courir avec les enfants dans les grands espaces. Les choses se passèrent en douceur. Après avoir permis à tous et à chacun de faire leurs adieux à leur ami, le vétérinaire administra l'injection, et Pataud s'est endormi dans le calme. Pas un son, pas une convulsion. Il a fait ça comme un grand. Après un dernier adieu, mais non sans larmes, les White sont remontés dans leur auto et lorsqu'ils furent repartis le vétérinaire fit le reste. Depuis ce moment, il ne se passe de jour où quelqu'un ne nous parle de Pataud. Le distributeur d'herbicide nous demande où est notre chien. Les étrangers sont surpris de voir Don sortir sans lui. C'est le vide dans la maison de ne plus entendre ses pattes gratter le plancher comme lorsqu'il sentait qu'il y avait quelque chose de bon pour lui dans la cuisine. Au cours des derniers jours, Nicole n'a pas cessé de feuilleter les albums pour retrouver les photos de Pataud en tentant de se souvenir de chaque occasion, de chaque truc, de chaque escapade à laquelle le bon chien a pris part avec la famille. Elle sait que, malgré l'absence de Pataud, elle continuera, durant plusieurs semaines à retrouver ses poils un peu partout dans la maison ainsi qu'à l'extérieur. Même les oiseaux aimaient utiliser son poil pour garnir leur nid et il est à se demander ce qu'ils utiliseront comme isolant le printemps prochain. Interrogée à savoir s'ils auront un autre chien pour remplacer Pataud, Nicole affirme qu'aucun chien ne pourra remplacer cet inséparable ami de la famille. Cependant, elle ne renonce pas à l'idée d'un autre chien, mais là encore, il faudra attendre «que le deuil se fasse et que ce soit le temps».
Huguette Burroughs
|